Burundi

Le chef de l’Etat burundais, Pierre Nkurunziza, est au pouvoir depuis sa première victoire aux élections présidentielles du 19 août 2005. Il est réélu successivement en 2010 et en 2015. Il a officiellement recueilli 69,41% des voix lors de ce dernier scrutin.

Malgré les avertissements de la communauté internationale, les conseils de responsables des confessions religieuses, l’appel de la société civile burundaise, les manifestations de l’opposition politique et de la société civile, les menaces de sanctions économiques et de suspension de coopération, le Président Nkurunziza brigue un 3ème mandat le 21 juillet 2015 en manipulant la Constitution de son pays (18 mars 2005) et en violant les Accords de paix et de réconciliation d’Arusha (28 août 2000). L’art. 96 de la Constitution du Burundi prévoit, en effet, une limitation à deux mandats présidentiels de 5 ans. Une crise post-électorale éclate à la suite de ce « coup d’Etat constitutionnel ».

La crédibilité de ce processus électoral se trouve d’ailleurs largement entachée par une répression policière disproportionnée, des violences des jeunes militants politiques Imbonerakure (« ceux qui voient loin ») du parti présidentiel -le Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD)-, des attentats, l’échec des négociations entre les partis politiques d’opposition et le pouvoir ainsi que par l’échec de la médiation de l’Union africaine.

Dénonçant les dérives, les injustices, les assassinats politiques et la corruption du régime Nkurunziza depuis de nombreuses années, la société civile burundaise se voit intimidée et réprimée violemment :

  • en mai 2014, le président de l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH), Pierre Claver Mbonimpa, est arrêté et placé en détention pendant 5 mois alors qu’il s’apprête à rendre publiques des informations faisant état de l’entraînement en République démocratique du Congo (RDC) de jeunes Imbonerakure, auteurs de nombreuses violences en période électorale ;

 

  • en janvier 2015, le directeur de la Radio Publique Africaine (RPA) – radio la plus écoutée du pays qui se veut la « voix des sans voix » et laisse la parole à ses auditeurs -, Bob Rugurika, est arrêté pour avoir diffusé des reportages sur l’assassinat de 3 religieuses italiennes en 2014. Inculpé sans preuve de « complicité d’assassinat », de « violation du secret de l’instruction », de « recel d’un criminel » et de « manquement à la solidarité publique », il est placé à l’isolement dans une prison de province avant d’être libéré le 18 février suivant ;

 

  • début avril 2016, le célèbre humoriste burundais, Kigingi, est détenu arbitrairement par le Service national du renseignement (SNR) pour « outrage à chef d’Etat » après la diffusion sur les réseaux sociaux par cet artiste d’un sketch dans lequel il compare le Président Nkurunziza, au demeurant grand amateur de football, à un joueur refusant de quitter le terrain après avoir reçu un deuxième carton jaune.

Une Campagne « Halte au 3ème mandat », mouvement citoyen initié par 304 organisations de la société civile burundaise, avec pour chefs de file le Renforcement de la Société Civile (FORSC) dirigé par Maître Vital Nshimirimana et le président de l’APRODH, Pierre Claver Mbonimpa, est officiellement lancée le 26 janvier 2015, soit 7 mois avant la fin du 2ème mandat du Président Nkurunziza. Malgré la répression sanglante de la police et la terreur de la milice Imbonerakure, les manifestations pacifiques de cette campagne durent plus de 60 jours. Courant mai 2015, l’un des leaders de la contestation, Zedi Feruzi, et son garde du corps sont assassinés. D’autres entrent en clandestinité ou fuient à l’étranger, ce qui restreint grandement la capacité de la société civile à elle seule à pousser le Président Nkurunziza à reconsidérer sa position.

Cette mobilisation sans précédent dans l’histoire du Burundi reflète la forte volonté de la société civile burundaise et de la population à la fois de préserver les acquis des Accords d’Arusha dont dépend la stabilité du pays et d’envoyer un message clair du ras-le-bol d’une population condamnée à vivre dans des violences cycliques, la mauvaise gouvernance latente, une impunité rampante et avec une jeunesse dont les perspectives d’avenir restent extrêmement compromises.

A cela s’ajoute que suite au coup d’Etat manqué des 13 et 14 mai 2015, la quasi-totalité des médias indépendants – dont le siège de la RPA – sont détruits et les activités des principales associations de la société civile burundaise sont suspendues.

Dans un communiqué du 24 juillet 2015, les membres de la Campagne « Tournons La Page » demandent aux autorités françaises, à l’Union européenne (UE), à l’Union africaine (UA) et à la communauté internationale :

  • de ne pas reconnaître les résultats des élections législatives (29 juin 2015) et présidentielles (21 juillet 2015) ;
  • d’exiger en toutes circonstances le respect et l’application de la Charte africaine pour la démocratie, les élections et la gouvernance (21 janvier 2007) à laquelle le Burundi est partie ;
  • de suspendre l’aide budgétaire et sectorielle directe aux autorités burundaises, et en particulier pour l’UE, d’appliquer les sanctions prévues par l’art. 96 de l’Accord de Cotonou, comme le demande le Parlement européen dans sa résolution du 9 juillet 2015, en assurant un soutien technique et financier à la société civile burundaise ;
  • de soutenir les négociations menées par l’Organisation des Nations unies (ONU) et la Communauté d’Afrique de l’Est ;
  • de s’impliquer pour faire cesser les violences, les actes d’intimidation et autres, à l’encontre des individus opposés au 3ème mandat du Président Nkurunziza, et en particulier désarmer les milices Imbonerakure et la population civile en général, en lien avec les observateurs civils et militaires de l’UA ;
  • d’offrir protection, y compris par la délivrance de visa, aux défenseurs des droits humains et à leurs familles menacées ;
  • de définir un régime de sanctions (gel et surveillance des avoirs, interdiction de visas) à l’encontre du Président Nkurunziza et des responsables politiques, policiers et militaires impliqués dans le coup d’Etat constitutionnel, dans la répression contre les manifestants, les partis politiques d’opposition et les médias indépendants ainsi que dans les atteintes aux droits humains ;
  • enfin, de mettre tout en œuvre pour combattre l’impunité, en particulier en soutenant l’intervention de la Cour pénale internationale (CPI) au travers d’une enquête sur les crimes commis tout au long du processus électoral.

La Campagne « Halte au 3ème mandat »  a intégré la campagne Tournons la page dès janvier 2016 avec pour coordinateurs, les avocats Janvier Bigirimana et Dieudonné Bashirahishize. En exil, les membres de la campagne continuer le travail de plaidoyer auprès des instances internationales pour un règlement de la situation et documente les violations des droits humains quasi quotidiennes au Burundi.

 

Les Communiqués de presse de Tournons la page sur le Burundi

 

L’interview de Janvier Bigirimana, coordinateur de Tournons la page Burundi : Un collectif d’avocats pour la defense des victimes des crimes de droit international au Burundi 

 

Contacts :

Collectif Halte au Troisième Mandat

Janvier Bigirimana  : janvierbig@gmail.com

Dieudonné Bashirahishize : bashiradido2015@gmail.com

 

Associations membres :

Dynamique socio-économique au Burundi (DYNASCO)
Forum pour le Renforcement de la Société Civile au Burundi (FORSC)
Ligue Nationale pour les Elections Libres et Transparentes (LINELIT)
Halte au 3e mandat
Rassemblement de la diaspora burundaise de France

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