Cameroun

Le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, arrivé au pouvoir en novembre 1982 après la démission du premier Président du Cameroun indépendant Ahmadou Ahidjo, dirige le Cameroun sans discontinuité depuis plus de 34 ans. En avril 2008, le président Biya a fait sauter un verrou de la Constitution camerounaise en faisant modifier – par son Parlement – l’article 6 al. 2 qui limitait la durée au pouvoir à deux septennats. Depuis lors rééligible sans limite, le Président Biya a remporté l’élection présidentielle d’octobre 2011 avec 79% des voix sur fond de taux de participation électorale toutefois nettement en baisse, ce qui atteste d’un certain désenchantement de la population vis-à-vis de son régime. A 84 ans, il peut à nouveau se présenter à l’élection présidentielle de 2018 dans un contexte tendu de lutte contre Boko Haram dans l’extrême-Nord du pays.

Malgré l’octroi d’aménagements institutionnels réclamés depuis longtemps par l’opposition et la société civile (adoption d’un code électoral en avril 2012 et création du Sénat en avril 2013), le champ politique et a fortiori le jeu électoral, restent complètement monopolisés par le parti présidentiel du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). L’élection présidentielle à scrutin majoritaire à un seul tour et l’élection législative à formule hybride (majoritaire/proportionnelle), toutefois apparentée à un scrutin majoritaire, favorisent très nettement l’hégémonie du parti dominant au pouvoir depuis plusieurs décennies. Le pays compte officiellement presque 300 partis politiques.

Le régime Biya a totalement verrouillé l’Etat et l’administration afin d’étouffer toute forme possible d’alternance. En matière électorale, le Président de la République camerounaise dispose de plusieurs leviers incontournables pour se maintenir au pouvoir ad vitam eternam, à savoir :

  • sa nomination discrétionnaire des 12 membres de la Commission électorale nationale (ELECAM) ;
  • son droit à modifier le découpage des circonscriptions au regard de la « situation particulière » de certains territoires (article 149 de la loi du 19 avril 2012 relative au Code électoral) ;
  • la fixation par décret présidentiel du nombre de sièges à pourvoir à l’Assemblée nationale pour chaque circonscription, ce qui rend les députés inévitablement redevables du bon vouloir présidentiel dont dépend leur carrière électorale ;
  • enfin, faute de mise en place du Conseil constitutionnel, le contrôle de la régularité des élections présidentielles et législatives qui relève de celui-ci d’après les texte, revient – en pratique – à la Cour suprême dont la nomination des membres constitue une prérogative du chef de l’Etat.

Au demeurant, l’inscription des prérogatives présidentielles en matière électorale, non dans la Constitution, mais dans des lois sont sujettes à interprétation, rend la lecture du régime camerounais d’autant plus opaque.

Par ailleurs, les libertés d’expression, d’association et de réunion sont restreintes de manière récurrente. Leaders et membres des partis d’opposition, militants de la société civile, journalistes et défenseurs des droits humains font quotidiennement l’objet de manœuvres d’intimidation, de harcèlement et de violences, et se voient presque systématiquement interdire leurs réunions et manifestations publiques. A titre d’exemples, en octobre 2014, trois journalistes – Rodrigue Tongué, Félix Bola et Baba Wamé – ont été inculpés de « non-divulgation d’informations et de sources », et traduits devant le tribunal militaire de Yaoundé. Le 15 septembre 2015, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la démocratie, l’activiste-syndicaliste Jean-Marc Bikoko, coordinateur de la coalition TLP Cameroun, a été arrêté – en compagnie de cinq autres militants – de manière violente par les forces de l’ordre camerounaises dans l’enceinte du Palais de Sports de Yaoundé alors qu’il était en train de présider le colloque de lancement de la coalition intitulé « gouvernance électorale et alternance démocratique ». Courant 2016, Kah Walla, présidente du Parti populaire du Cameroun (PPC), et quelques-uns de ses membres, ont été arrêtés à plusieurs reprises et inculpés pour « incitation à l’insurrection et à la révolte » ainsi que pour « rébellion contre l’Etat » alors qu’ils manifestaient pacifiquement contre le gouvernement. Fin octobre 2016, des avocats, des élèves et des enseignants des deux régions anglophones situées à l’Ouest du pays (Nord-Ouest et Sud-Ouest) se sont mis en grève pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une « marginalisation de la minorité anglophone ». Certains d’entre deux ont été arbitrairement et brutalement arrêtés par les forces de l’ordre lors de manifestations. Depuis le 17 janvier 2017, l’accès à internet a été coupé par les autorités camerounaises dans ces deux régions anglophones. Il s’agit de la plus longue coupure volontaire d’internet de toute l’histoire de l’Afrique.

 

 

Jean-Marc Bikoko, coordinateur de la coalition Tournons la Page Cameroun, témoigne de l’état de la démocratie dans son pays :

 

Les communiqués de presse de Tournons la Page sur le Cameroun:

Contacts : dynamiquecitoyenne2005@gmail.com

Associations membres :

AC-BP-FL
Actions Solidaires de Soutien aux Organisations et d’Appui aux Libertés (ASSOAL)
AfroLeadership
Agages Management Consultants
AGROPADD
AJADES
Alliance pour le Budget Participatif et la finance locale (ACBPFL)
APRODDESNYM
Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes
Association des Jeunes Acteurs pour le Développemsent Social et Economique (Ajades)
CAFAGB
CAMERWASH
CAMNAFAW
CASAD
Centrale Syndicale du Secteur Public (CSP)
Centre d’Actions pour la Vie et la Terre (CAVT)
Centre de Ressources pour le Développement Local (CRDL)
Centre Régional Africain pour le Développement Endogène et Communautaire (CRADEC )
COMINSUD
COSADER
CRDL
Dynamique citoyenne (coordination)
DYNAMIQUE PAYSANNE
EFFACAM

Foi et Justice

GEED
GIC
Gredevel
HORIZONS FEMMES
Human Rights Initiatives (HRI)
IDAY Cameroun/CEFAN
LCC
MSORAD
MUCOOPHACAM
NDH-Cameroun
PF DESC-CAM
Plateforme des organisations de la société civile pour les droits économiques sociaux et cultures du Cameroun (PFDESC)
Plateforme des promoteurs de mutuelles et coopératives d’habitat (Mucoophacam)
Positive – Generation
PROMUSCAM
RAFED
RECODH
RESCO
Réseau National des Habitants du Cameroun (RNHC)
RNHC
SEP
SUPR’M
WIRA
Women’s Advocacy and Communication Network (WANET)
ZENU NETWORK

 

 

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