Gabon : Le verdict de la CPI est une déconvenue pour le régime d’Ali Bongo

Depuis la publication du Communiqué du Procureur de la Cour Pénal International (CPI) à propos des violences post- électorales, le gouvernement d’Ali Bongo s’est fendu d’une déclaration inédite : « Le gouvernement gabonais se réjouit de cette décision juste et courageuse de la CPI qui confirme la version des faits donnée par le gouvernement dans sa saisine de la CPI »Guy Bertrand Mapangou, Porte-parole du gouvernement.

De leur côté, les partisans du camp du pouvoir, toujours dans le déni des massacres perpétrés sur les partisans de l’opposition et surtout de l’attaque du quartier général du candidat Jean Ping réagissent comme si ce communiqué la déclaration de la CPI les blanchit.

Il y a lieu de replacer les choses dans leur contexte.

Aux lendemains des massacres perpétrés sur les populations par les hommes armés du régime, se sont eux qui ont attaqué le quartier général de Jean Ping la nuit du 31 août au 1erseptembre 2016, après n’avoir déclaré que 4 morts, c’est ce même gouvernement qui a saisi la CPI accusant l’opposition et notamment Jean PING d’être à l’origine de la violence et d’avoir appelé au génocide. La plainte de Jean Ping et de certaines ONG n’intervenant qu’après.

La CPI étant une juridiction de subsidiarité, c’est-à-dire qu’on ne la saisit que lorsque la justice d’un pays est reconnue incapable de juger les faits dénoncés, un gouvernement qui la saisit cache un loup, soit il reconnaît que son système judiciaire est défaillant et c’est le cas de la justice « bongoiste », maintes fois dénoncé par le Syndicat National de la Magistrature, soit il est dans une stratégie d’instrumentalisation de la CPI ou les deux.

Mais, la saisine de la CPI par le gouvernement d’Ali Bongo n’était nullement une gageure, contrairement à ce que certains croyaient. Elle faisait partie d’une stratégie qui avait pour but d’empêcher la tenue d’une enquête indépendante qui aurait fait la lumière sur ces violences post-électorales en désignant clairement les responsabilités des uns et des autres.

Comment comprendre qu’un gouvernement qui n’a rien à se reprocher refuse catégoriquement cette enquête indépendante avec comme prétexte, « la saisine de la CPI » ?

Comme toutes les juridictions, la CPI a un mandat. Elle est chargée de juger, entre autres, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les génocides.

Sachant que la CPI ne rendrait pas son verdict avant au moins deux ans, ce régime s’est mis à l’abri de cette fameuse enquête internationale que plus personne ne réclame aujourd’hui et qui par ailleurs ne peut plus être conduite efficacement vu le temps écoulé. C’est donc en instrumentalisant ainsi la CPI que le régime gabonais comptait s’assurer l’impunité de ses crimes contre le peuple gabonais. Il n’en demeure pas moins que le verdict de la CPI est une déconvenue pour ce régime pour deux raisons :

1-    Il avait saisi la CPI en accusant Jean Ping, ce dernier ne sera pas poursuivi,

2-    Loin de les blanchir, le rapport de la CPI et le communiqué de la Procureure reconnaissent qu’il y a eu des massacres et qu’il revient au gouvernement en place de faire la lumière sur tout ce qui s’est passé afin que justice soit rendue aux victimes et à leurs familles.

Le communiqué dit clairement : « Je tiens à insister sur le fait que cette conclusion ne saurait en aucun cas masquer la gravité des actes de violence et des violations des droits de l’homme qui semblent avoir été commis au Gabon lors de la crise postélectorale ni les conséquences qu’ils ont pu avoir sur les victimes. Les exactions présumées en cause sont du ressort des autorités nationales compétentes, même lorsqu’aucune plainte n’a été déposée. »(Procureur de la CPI).

La CPI est entrain de dire qu’au lieu de la saisir, c’est à ce gouvernement qu’il revient de faire la lumière sur ce qui s’est passé. Et pointe donc indirectement leur incompétence ou leur refus de prendre leur responsabilité.

Fait à Libreville, le 22 septembre 2018

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Marc ONA ESSANGUI
Prix Goldman 2009 (Nobel de l’environnement)

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