Les coalitions

Notre réseau 

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Le réseau en chiffres :

  • 7 coalitions actives en Afrique : Burundi, Cameroun, Congo, Gabon,  Niger, RDC, Tchad.
  • Des associations signataires issues de 19 pays africains
  • Plus de 200 associations adhérentes à la campagne
  • Plus de 2000 citoyens signataires de l’appel pour l’alternance démocratique en Afrique.

La soif de démocratie et d’un Etat de droit est universelle.

 

En lançant, le 15 octobre 2014, 27 ans après l’assassinat de Thomas Sankara et le coup d’État militaire de Blaise Compaoré, l’appel « Tournons la page ! », des dizaines d’intellectuels, artistes, et associations d’Afrique et d’Europe, ont senti souffler le vent de l’Histoire. Ils ont voulu apporter leur soutien à tous ceux qui se levaient, notamment la jeunesse, au Burkina Faso, au Sénégal et ailleurs, pour reprendre leur destin en main.

Le monde s’était accoutumé à ce qu’en Afrique, le pouvoir soit tenu de main de fer par les mêmes dirigeants ou leurs descendants depuis 50 ans. Certains y voyaient une garantie de stabilité, nécessaire à leurs affaires, ou encore un particularisme culturel – la nécessité d’hommes forts serait la marque d’une « démocratie à l’africaine ». Et l’on passait sous silence les mouvements sociaux et politiques qui, un peu partout, s’organisaient contre la confiscation du pouvoir et des richesses. Qui se souvient en effet qu’en 2005, plus de 500 Togolais ont perdu la vie en protestant contre la succession dynastique de la famille Gnassingbé, tout comme au moins 139 Camerounais en février 2008, pour avoir contesté la modification constitutionnelle permettant à Paul Biya de rester au pouvoir à vie ? Or les régimes en question – au même titre que ceux de Cuba, de Corée du Nord ou d’Asie centrale – sont bel et bien des archaïsmes. C’est ainsi qu’ils apparaissent aux yeux des Africains : plus de la moitié des Togolais, des Gabonais, des Tchadiens, des Congolais, des Burundais, des Ougandais, des Angolais, des Zimbabwéens, des Camerounais… n’ont jamais connu qu’un seul homme ou une seule famille au pouvoir !

Une période charnière s’ouvre en Afrique.

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Après les indépendances, le plus souvent sous contrôle, les conférences nationales du début des années 1990 ont abouti dans de nombreux pays d’Afrique à l’institution d’une démocratie formelle. L’heure est venue de lui donner de la substance. Jalonnées de fins de mandats et d’échéances électorales, les années 2015 à 2017 pourraient marquer le terme d’une douzaine de régimes archaïques. Leurs dirigeants ont encore le choix. Faute de consentir à l’alternance, ils prendraient la responsabilité d’exposer leur pays au chaos et à la violence. Les populations, elles, refuseront d’être privées, plus longtemps, de leur Histoire.

La démocratie ne s’exporte pas, elle se conquiert.

Qui a renversé le dictateur Compaoré ? Non pas les interventions occidentales, mais un million de manifestants, pour la plupart jeunes et sans affiliation partisane, désireux de faire le ménage à la tête de l’État, à coups de « Balai citoyen », cette large mobilisation galvanisée par des chanteurs en vogue, ou au sein de mouvements structurés de plus longue date comme l’Organisation Démocratique de la Jeunesse. Des jeunes conscients de leurs responsabilités – eux qui s’employaient à nettoyer la ville dès le lendemain de la Révolution. En janvier 2015, qui a obligé Joseph Kabila à reculer après sa tentative de suspendre la tenue de l’élection prévue en 2016 à un recensement qui aurait opportunément repoussé l’échéance de quelques années ? La rue, encore et toujours. Au prix du sang (43 morts à Kinshasa et d’autres dans le reste du pays) et d’une répression qui se poursuit, hélas.

 

La dictature fait le lit de l’instabilité.

Le retrait de Compaoré, à la faveur de la présidentielle de 2015, l’aurait honoré. Son obstination a poussé à la révolte. Par la répression ou la corruption des contre-pouvoirs, la dictature asphyxie les forces vives de la société, elle interdit la résolution politique non-violente des divergences de visions et d’intérêts. Le sens même de l’Etat, bien loin d’assurer l’intérêt général, se trouve profondément dévoyé quand il devient un vecteur d’accaparement des richesses et le garant d’une impunité. La communauté internationale fait une erreur fondamentale de diagnostic quand elle voit dans un dictateur le garant de la stabilité. Myope, elle se contente d’une stabilité de façade là où, à défaut de pouvoir s’exprimer démocratiquement, la colère couve. Tôt ou tard, le volcan entre en éruption. Ce sont les institutions démocratiques, en mettant des garde-fous à la concentration des pouvoirs, à l’accaparement des richesses, en permettant l’expression des besoins et des aspirations des citoyens, qui créent les conditions d’une stabilité durable et d’un développement équitable. La France a une responsabilité historique dans le maintien de certains régimes, et malgré les propos fermes de François Hollande à l’endroit des chefs d’État tentés de se maintenir au pouvoir, l’argument de la stabilité (et de la lutte contre le terrorisme) continue à être défendu par une partie du gouvernement en soutien de régimes autoritaires (au Tchad notamment).

 

Tourner la page ne suffit pas.

Encore faut-il écrire la suite ! Car la démocratie ne se conquiert pas en un jour, elle se conquiert tous les jours. Faire de l’alternance un pilier de la construction démocratique, faire de la mobilisation pour l’alternance un catalyseur de l’engagement citoyen, voilà l’enjeu. Au Sénégal, le mouvement « Y en a marre », initialement mobilisé dans un front du non au coup d’État constitutionnel, forme désormais les jeunes à la citoyenneté. C’est à ce titre que le mouvement Tournons la page réfléchit à divers sujets pour construire la démocratie : fiscalité, droit à l’information, protection de l’environnement, régionalisation constitutions et travail législatif…