Tchad

Le chef de l’Etat tchadien, Idriss Deby Itno, arrivé au pouvoir en décembre 1990 – soit il y a plus de 26 ans – par un coup d’Etat militaire, a fait sauter le verrou constitutionnel en 2005. Il a alors fait voter par l’Assemblée nationale tchadienne, très largement acquise au Mouvement patriotique de salut (MPS) dont il est le chef de file, la modification de l’article 61 de la Constitution du 14 avril 1996 pour mettre fin à la limitation des mandats présidentiels à deux quinquennats. Il a également fait relever la limite d’âge pour briguer un mandat présidentiel à 70 ans (article 62). Rien ne l’empêchait donc de se présenter pour la 5ème fois successive à l’élection présidentielle du 10 avril 2016.

Sans surprise, après avoir maté la contestation politique et sociale récurrente depuis plusieurs années, le président sortant a été réélu au premier tour avec 61,56% des suffrages exprimés. Le régime Deby, malgré la façade du multipartisme et des élections, interdit de manière récurrente les manifestations pacifiques, restreint grandement la liberté d’expression dans l’ensemble du pays et verrouille complètement le processus de décision politique. A l’issue de ce scrutin d’avril 2016, 5 candidats d’opposition annoncent, sur la base des procès-verbaux de 9 régions, les résultats nationaux suivants  : « Saleh Kebzabo (UNDR) : 33,15%, Laoukein Kourayo Mbaiherem (CTPD) : 25,82 %, Mahamat Ahmad Alhabo (PLD) : 14,89%, Idriss Deby Itno du MPS : 10,10 % », en précisant que si Idriss Déby avait récolté 100% des voix dans les 13 régions du Nord, alors en fonction des procès-verbaux au Sud, son score n’aurait été au maximum que de 42,12% et non de 61.51 % comme publié officiellement par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) tchadienne. Des fraudes sont dénoncées par l’opposition et la société civile tout au long du processus électoral telles que le trafic de cartes d’électeurs, les problèmes d’authentification lors de la distribution des cartes biométriques, l’enrôlement sur les listes électorales de réfugiés soudanais et centrafricains, la signature de procurations vierges par les autorités administratives (ce qui a permis des votes multiples),  le manque de bulletins de vote le jour des élections dans des bureaux situés dans des zones réputées favorables à l’opposition  ou encore le vote public (sans isoloir) forcé pour les policiers et les militaires.

Depuis l’automne 2014, les manifestations contre la vie chère, contre la mal gouvernance  et contre les mesures coercitives du régime Déby se sont multipliées. Début 2016, les fonctionnaires tchadiens se plaignent d’importants retards de salaires, les syndicats menacent de faire grève et les manifestations gagnent les villes de province au cours desquelles des manifestants sont arrêtés. L’opposition tchadienne multiplie les candidatures à l’élection présidentielle en espérant contraindre le chef de l’Etat tchadien à un deuxième tour pour tenter de le battre.

Trois plateformes d’organisations de la société civile sont créées, avant l’élection présidentielle, dans ce contexte de vives contestations socio-économiques et de très grandes frustrations de la société tchadienne vis-à-vis du régime Déby : Iyina (« On est fatigués » en arabe local), « Trop, c’est trop » et « Ca suffit ». Elles entendent se battre contre l’injustice sociale, la corruption, la mal gouvernance et la confiscation du pouvoir par le président Déby et son clan. Elles lancent des appels pour le départ du président Déby, des élections libres et transparentes ainsi que l’instauration d’un véritable Etat de droit. Elles multiplient leurs actions sur le terrain : journées « ville morte », grèves générales, « tintamarre de casseroles » et « coups de sifflets ».

Fin mars 2016, leurs leaders,  Mahamat Nour Ibedou et Younouss Mahadjir pour la plate forme de la société civile « Ça suffit », Nadjo Kaina,  pour le mouvement de jeunes « Iyina », et Céline Narmadji pour le mouvement « Trop, c’est trop », sont arrêtés et détenus arbitrairement pendant plusieurs jours pour saper le mouvement de ras-le-bol qui anime la société tchadienne. Ils sont alors accusés de « provocation à un attroupement non armé », de « trouble à l’ordre public » et d’«opposition à l’exercice de l’autorité légitime ». C’est à partir de ces coalitions, dans un contexte de crise sociale et économique, que la campagne Tournons la page Tchad a vu le jour fin 2016.

Communiqués de Tournons la page sur le Tchad :

 

Contacts : iyinatchad@gmail.com

 

Associations membres :

Association pour la Promotion des libertés fondamentales au TCHAD (APLFT)
Association Sociale des Jeunes pour la défense des Droits Humains (ASJDH)
Comité de Suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation (CSAPR)
Patriotes de la Diaspora Tchadienne
IYINA
Trop c’est trop
Ca suffit
Union des Syndicats du Tchad
PACT
Droits de l’homme sans frontières

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